Nouvelle recrue d’équipage

17 novembre 2022, retrouvailles avec notre amie Jeanne de Chambéry dans le port de Piraeus, à Athènes.

Jeanne encore en pleine d’énergie pour affronter la côte de la pointe du Magne

Elle doit être un peu barjo pour rejoindre les deux zouaves que nous sommes, a fortiori pour la meilleure partie du programme : côtes corsées du Péloponnèse, pluie battante qui nous trempe jusqu’aux os, les grelots de froid à la nuit tombée ou dans le vent frais du matin…mais c’est qu’elle en a vu d’autres la Jeannot ! Nouveau rythme, nouvelle dynamique de pédalage (et beaucoup plus de papotages !), nouvelle routine (yoga obligatoire le matin !), chacun.e ajuste ses égards pour composer avec l’équipage agrandi. Le souffle frais apporté par l’arrivée de Jeanne au voyage gonfle nos voiles et nos cœurs pendant un gros mois jusqu’à bon port. Rendez-vous à Chambéry mercredi 21 décembre pour larguer les amarres !

Remontée chronométrée du vélo à l’aéroport (hé oui on a complètement craqué, et cédé aux tentations ultra carbonées du transport aérien… ça promet des douches froides pendant plusieurs années pour compenser notre bilan carbone !)

La fine équipe au complet, ville de Nauplie

Il ne faut pas croire, entre pluie et froid, ça ne va pas être facile tous les jours !

Mais on est prêt.es à affronter la rudesse de l’hiver à coups de nos meilleurs sourires !

 

 

Nowruz – Fêter le printemps dans le Kurdistan iranien

Du 5 mai 2022 au 27 mai 2022 – Iran

C’est avec une certaine émotion que nous reprenons la plume pour des histoires d’Iran, alors que nos ami.es se battent pour leur liberté, se battent pour dessiner un futur dans lequel les enfants pourraient continuer de fêter leurs printemps. Chaque rencontre en Iran a été le nid d’espérance d’une envie fébrile de révolution, de changement, de renouveau. Un Nowruz politique. A notre tour désormais d’espérer de tout cœur l’avènement de ce Printemps Iranien, pour que les luttes menées dans le sang et les larmes ces dernières semaines ne soient pas vaines.

Le compteur tourne et les kilomètres défilent dans le Kurdistan iranien

Pour nos premiers temps en Iran, nous choisissons de prendre la route à l’Est du pays, le long de la frontière avec l’Irak, dans le Kurdistan Iranien. A la frontière, la douane est étonnamment fluide, nous qui nous étions préparés à lutter bec et ongles pour avoir droit de cité sur le territoire. Le couloir interminable qui marque le passage de la Turquie à l’Iran est assiégé par les vacanciers de Ramazan Bayram – la fête de fin de Ramadan – l’enthousiasme débordant pour nos allures exotiques déferle sur nos humeurs fébriles. Puis nous entamons une grande descente de 50 km dans une vallée desséchée entre poussière des files indiennes de camions et précipices gorgés de carcasses de voitures.

En contrebas, c’est Mahruz et Heida qui, craignant pour nous le crépuscule et les « dangers » de la vallée, prennent d’assaut notre itinéraire et nous escortent avec beaucoup de chevallerie jusqu’aux portes de Khoy. Nous débarquons ainsi de façon impromptue dans leur dîner de famille, et savourons le smille délices iraniens qui nous sont donnés à découvrir. Un premier soir en Iran à l’image des deux mois et demi passés parmi cette communauté outrageusement hospitalière. Les soupes épicées, les légumes farcis, le pain tendre de Khoy aux graines torréfiées, la confiture aux pétales de roses dorées. Après autant de conseils et précautions avisés – nous apprendrons vite que pour nos hôtes iraniens, tout territoire voisin et un peu inconnu paraît être d’un danger extrême -, nous enfourchons nos bicyclettes pour nous enfoncer dans le Kurdistan. Nous fermons fort les yeux quand les centrales nucléaires ou le lac asséché d’Urumié se dessinent à l’horizon. Première soirée en Iran accueillis dans la famille de Mahruz et Heida

Atabak, kurde de 8 ans, plus jeune restaurateur de notre connaissance, qui nous a laissé dormir dans son restaurant Pause-déjeuner au calme, mais sans jamais enlever le hijab !

Nous découvrons à Myandoab, avec Sajad et sa clique, que la vie sociale s’ébroue à la tombée du jour. Ville déserte dans la chaleur de la journée, les rues deviennent pleines à craquer de badauds et d’échoppes illuminées sur les coups de minuit. Cette vie nocturne ne nous rentre pas dans la peau, et nous épuisons nos forces à tenir la veillée. Nous nous laissons balader par Hadi et Yousef, notre premier aperçu des montagnes kurdes verdoyantes agrémenté d’un kébab aux patates. A Saqqez, nous nous serrons dans une bicoque beaucoup trop chauffée chez Jamal, Narmin et Rojya. Nous nous couchons encore beaucoup trop tard après la succession de plats, thé et fruits sur le tapis faisant office de table au sol. L’infinie hospitalité de Jamal se transforme en prison de mousses douillettes, où notre libre-arbitre et notre autonomie sont troqués sans ménagement contre un paternalisme directif, confortable, accueillant, mais étouffant. Nous nous extrayons de ce piège, non sans difficulté, et nous envolons sur la route des montagnes.

Nous découvrons au fil du chemin suspendu la tradition de Nowruz, une célébration kurde qui fête l’arrivée du printemps. Fête de la lumière, du renouveau, de la vie qui reflue dans les bourgeons, les pépillements des oiseaux, les rayons du soleil qui s‘attardent un peu plus dans le feuillage des arbres… ce moment parle particulièrement à nos corps éprouvés par le grand air du voyage. Quelle belle coutume pour célébrer la vie que de faire commencer la nouvelle année au moment où la nature commence elle aussi un nouveau cycle. Cet héritage millénaire s’est répandu dans la civilisation perse de Darius, et est aussi partagée à travers l’Asie Centrale, de la Turquie au Tadjikistan.

Route de montagnes vers Marivan Lever de soleil sur le vendredi, journée de repos en Iran

Fleurs du printemps à la frontière Iran-Irak

A Uraman-Takht, un village peu cossu, niché dans une vallée étroite au bord de la frontière irakienne, les maisons s’accrochent tant bien que mal à la falaise. Les ruelles et les volées d’escaliers, les petits bouts de jardins discrets, courent à même les toits. Nowruz est à l’honneur avec des bouts de tissus colorés accrochés aux branches des arbres, fiancées du printemps, mais aussi avec les grandes lessives des maisons, les nuits de danse et de musique… Cet ensemble de rites, simples ou farfelus, pratiques ou symboliques, nous semblent nourrir l’amour de la vie et du réel, la gratitude envers ces écosystèmes qui nous portent et nous font grandir.

Nowruz, c’est aussi le témoignage de l’amour que les iraniens portent à la « nature », dans laquelle ils se précipitent avec leurs autos bruyantes et malodorantes. Chaque vendredi est le théâtre à l’éclosion des picnics au vert, un vert parsemé de voitures et de déchets abandonnés en toute insouciance. Chaque source, chaque méandre du plus petit ruisseau, est célébré avec beaucoup de cet enthousiasme paradoxal Nous le découvrons alors que nous progressons dans les montagnes escarpées, raidillon après raidillon, grande descente après grande descente, dans un paysage ciselé de lames rocheuses, des pâturages perchés, un pastoralisme dans un décor vertigineux. La route s’enfonce dans des gorges asséchées, s’envole vers de hauts plateaux, serpente entre les derniers nevets de neige poussiéreuse. A Marivan, le vendredi, jour de repos, les voitures s’empilent entre ruisseau lac et falaise abrupte. Elles klakonnent, fanfaronnent, font ronfler les moteurs de leurs Peugeot décrépies. Elles occupent amplement tout l’espace, le moindre bas-côté, le moindre champ, et aussi l’espace sonore, laissant peu de place à nos vélos et sonnettes, ridicules dans ce tintamarre assourdissant.

Pour arriver à Paveh, nous jouons au chat et à la souris avec nos amis Delara & Hussein, deux cyclo-voyageurs iraniens de Amol. Ils finissent par tricher et monter dans une « vanette » une de ces innombrables camionnettes bleues. La chaleur torride nous écrase comme des moucherons, nous sommes récompensés néanmoins par l’invitation à dormir du marchand de légumes Ayub, hêleur professionnel du marché. C’était sans compter les gardiens de la révolution qui nous suivent et finissent par nous contrôler en pleine rue. Nous nous frottons pour la première fois aux services de renseignement iraniens, évidemment dans une ruelle sombre et étroite. Tout y passe, déballer toutes les affaires, brasser toutes les photos, examen minutieux du téléphone, la peur au ventre. Quand nous pensons nous être extirpés de ce mauvais pas, les deux mêmes hommes (toujours en civil) reviennent jusqu’à chez notre hôte du soir pour nous extorquer d’éventuelles délations sur la famille qui nous héberge. Cette histoire n’aura heureusement pas de suite, nous finirons la soirée déjà bien entamée par ces absurdités affalés sur le tapis, à se rassurer mutuellement, à discuter en sourires et gestes farfelus. Mais, alors que nous écrivons ces lignes, nous pensons à touTEs les manifestantEs arrêtéEs depuis les dernières semaines, aux familles cyclo-voyageuses brassées par la situation politique traversée en Iran, et à tous les hôtes iraniens qui prennent des risques considérables pour nous accueillir et partager un bout de leur culture.

Bivouac avant la grande montée jusqu’à Uraman-Takht

Village suspendu d’Uraman-Takht…  et ses toits en terrasses !  Route vers Paveh

Notre printemps kurde prend fin dans une nébuleuse. Le brouillard – sans doute une tempête de sable en provenance d’Irak due à la déforestation et la désertification accrue – est épais et ôcre, il nous pique les yeux et la gorge, nous brûle les poumons. Les masques COVID sont une fois encore de sortie. Entre les particules de pousisère suspendues au relief,nos bicyclettes avancent à tâton. Nous perdons nos repères espace-temps, seuls quelques arbres se détachent parfois de la brume et redonnent une sensation de paysages défilés. La poussière se colle à nos vêtements, à nos sacoches, à nos cils, on ne parvient pas y échapper. Nous traversons des rivières asséchées, des villes fantômes d’où quelques pans de façades délabrées surgissent dans un voile opaque. La poussière pousse à un repli sur soi, on s’enroule dans nos châles d’où pas un bout de sourire, pas une fraction de clin d’oeil ne dépasse. On s’enferme dans nos pensées. On pédale, hagards, attendant que ça passe.

Mais le nuage empoisonné s’éloigne enfin, et nous goûtons à Bisotun le plaisir trop souvent négligé de respirer à grandes goulées. Un bel hommage à Nowruz que les jardins de Khorramabad, ville feuillue à la frontière entre Kurdistan et Lorestan. Nous nous y reposerons à l’ombre délicieuse du mûrier imposant chez la famille de Mohammad.

Epais brouillard de poussière sur la route vers Kermanshah

La saison chaude arrive, les tentes des nomades s’installent dans les montagnes. 

Quelques jours frais chez Mohammed à Khorramabad

Un dernier coucher de soleil et nous laissons derrière nous ces belles montagnes kurdes

Géorgie encore – Pédaler dans les couleurs de l’automne

Du 16 septembre au 7 octobre 2022

Les colis perdus dans la nébuleuse de la poste géorgienne nous mènent par le bout du nez, nous obligeant à zigzaguer dans diverses vallées autour de Tbilisi pour revenir régulièrement passer quelques heures dans notre bureau de poste préféré avenue Chavchavadze.

Omalo ou Dartlo, je (Soso) ne sais plus… et j’ai la flemme de demander à Pierre qui en train de faire la cuisine ! (Après relecture de Pierre, c’est Old Omalo !)

Fin des ateliers philo, mais toujours pas le moindre de signe de notre colis perdu, nous décidons de temporiser en nous engageant dans la Tushétie, plateau mythique du Grand Caucase géorgien que nous avions au départ exclu de notre itinéraire du fait de son accès peu praticable. La piste de 70 km qui gravit le canyon pour y accéder est raide, avec une mauvaise couverture de rochers et de boue offrant mille opportunités de franchissement VTT, et très exposée, constellée des pierres tombales des véhicules ayant fini au fond du torrent, 2000 m plus bas. Elle est fermée tout le temps de l’hiver, de mi-octobre aux dernières neiges en avril, et les bulldozers nécessaires pour la reconstruire à chaque printemps sont postés statiques à différents endroits de la route afin de retravailler les éboulements et glissements intervenus avec la neige.

C’est dans ce contexte sportif que nous nous enfonçons dans la Tushétie en même temps que nous nous enfonçons dans l’été indien, nous hissant caillou après caillou, virage après virage, sur la piste qui serpente le long du torrent puis s’élève – vertigineuse – en lacets du vide. Nous nous sentons funambules sur nos bicyclettes, les cuisses en feu, la sueur au front. Nous dénichons pour la nuit passée sur la route des bains de soufre fumants accrochés à même la montagne dans des cahutes carrelées. L’eau chaude dénoue les accrocs de nos muscles laissés par la pente et nous procure un délassement salvateur. Nous assaillons ensuite pour la nuit une maison délabrée ouverte aux quatre vents et nous installons à même ses lits crevés.

Le torrent de fond de vallée vers la Tushétie dans lequel est venue s’écraser une ribambelle de véhicules.

Bains chauds au milieu de la montée jusqu’à Omalo

Le lendemain, nous entrons dans l’automne mis à la fête par les couleurs chatoyantes des arbres. Les feuilles rouges, jaunes, orangées frémissent dans le vent déjà froid. Cette danse ôcre adoucit la rude épreuve que nous présente la piste, jusqu’à la limite alpine, où la montagne se dévoile, nue, âpre, sans apparat autre que les lacets toujours plus raides. Arrivés au Albano Pass, 2900 m, au-delà de l’effort, nous nous écroulons pour une sieste en plein vent. Le reste de la route le long de la rivière Khisos Alazoni semble ne jamais finir, nous sommes épuisés en atteignant le plateau pastoral d’Omalo. Les feuilles mortes finissent leur danse en se posant délicatement à la surface de l’eau, prolongeant leur mouvement de mille ridules, spectacle enchanteur venu récompenser notre effort.

On ne voit jamais assez sur les photos à quel point la route est raide !

Dernier lacet avec le col Albano

Arrivés au col, on contemple notre route un peu hébétés

Plateau mouillé d’Omalo

Perchés au bout de cette piste, la pluie et le froid humide s’invitent au voyage, mettant en péril nos projets de retour sur une route détrempée et donc d’autant plus dangereuse et impraticable. On tergiverse, engoncés dans nos capes de pluie, et finalement la curiosité de l’exploration a raison de nos inquiétudes, nous décidons de rester quelques jours en Tushétie pour se balader. On s’enfonce dans les sous-bois, les chemins sont recouverts de feuilles, on traverse des torrents sur des ponts effrayants, vertigineux où l’on glisse sur les rondins détrempés. La pluie nous saisit, nous force à la halte sous le houppier accueillant d’un sapin ou d’un feuillu pas trop effeuillé. C’est l’entrée dans les couleurs de l’automne. La pluie enveloppe les montagnes forestières d’un long manteau vaporeux. Nous pique-niquons trempés mais à l’abri dans le village austère de Shenako, en compagnie de deux voyageurs romantiques et tranquilles Lucas de Nantes et Loic de Marseille, les yeux rivés au spectacle des trombes d’eau qui s’abattent sur le paysage alentour. Nous papotons allègrement sur les routes humides, le soleil joue à cache-cache avec la brume, et soudain dévoile le Caucase enneigé, les sapins scintillants de pluie, les gouttelettes en suspension entre les branches. On pousse alors jusqu’à Old Omalo, la tour de garde sur la vallée embrumée. Le lendemain, nous grimpons sur la crête au-dessus de Dartlo, en chemin des poubelles tourneboulées, peut-être par le même ours que celui venu fourrager les déchets à côté de notre tente pendant la nuit.

Nous partons à pied explorer les mille sentiers forestiers de la Tushétie

Le soleil et la brume jouent au chat perché dans la vallée

Old Omalo et sa tour de garde

Old Omalo

Le soleil se découvre, plateau d’Omalo et ses quelques engins

Village de Shenako

Agriculture de subsistance en Tushétie

Pour notre troisième nuit dans la Tushétie automnale et mouillée, nous nous replions à l’intérieur chez Nino, gratifiés dès le petit-déjeuner d’incroyables piles de crêpes. Nous enfourchons nos bicyclettes délestées pour nous enfoncer dans la Tushétie vers ses villages perdus. Parmi les ruines subsiste Dartlo aux pierres noires comme l’encre ou le ciel. Mélange de bois et d’ardoise, pétroglyphes, forêts ou rochers interdits aux femmes dans cette religion mêlant paganisme et animisme, toutes ces vieilles pierres semblent ensorcelées. Nous grimpons jusqu’au village fantôme de Kvavlo, four à pain et tourelles en déliquescence.

Pourquoi diable des gens sont-ils venus se perdre dans ces vallées reculées, à la vie âpre, aux pentes hostiles ? Défendable contre les envahisseurs certes, mais pas contre la rudesse de l’hiver. Ni contre la dureté de la terre ? Nous méditons la vie ici filant sans sacoche sous la pluie sur la piste forestière. De retour à Omalo, les habitants plient bagage. Bientôt la route sera fermée, seules vingt personnes dont un médecin de 82 ans, hiberneront sur le plateau, ravitaillées par hélicoptère. A l’arrivée du printemps, les bulldozers devront refaire à zéro la route d’accès, ravagée par les neiges de la saison. Un bout de vie aux confins du monde. Il est temps pour nous aussi de retourner à la douceur de la vallée encore tiède.

S’enfoncer dans la forêt jusqu’à la crête au-dessus de Dartlo

Lumière d’automne dans les feuilles

La pluie mouille mais donne à faire de belles photos !

Sanctuaire animiste en Tushétie

Les tourelles fantômes dans le village en ruines de Kvavlo

Dartlo sous la pluie

Le village détrempé d’Omalo

Dernier coup d’œil sur la Tushétie avant le retour à Tbilisi

Retour à Tbilisi embarqués dans un 4×4, toujours en coup de vent. Nous sommes accueillis par la famille Blanc de l’école française, et réalisons nos dernières prouesses logistiques, avant d’enfin filer dans le train à grands remous, direction Zugdidi. Le plaisir retrouvé du paysage qui défile sans effort.

Pour les derniers jours en Géorgie, nous nous faufilons entre les gouttes en remontant le torrent vers les contreforts de la Svanétie. On continue de se déguiser en fantômes sous nos capes de pluie entre le réservoir d’Anguli et Becho. C’est aussi ça l’automne, composer avec les ondées. Et nous ne sommes pas les seuls marqués par la rigueur de la saison, nous nous réveillons régulièrement le matin avec un ami canidé dans l’abside, qui s’est construit une niche entre nos sacoches et cherche une compagnie rassurante. A Becho, l’eau de source dans un puits malfamé est pétillante, un berger nous trouve une maison abandonnée pour nous réfugier de la pluie. Nous ne danserons pas la polka sur le parquet mais nous sommes au sec.

Puis, la pluie s’évanouit pour découvrir l’immense Ushba, sommet périlleux le plus mortel du Caucase. Partout autour, les glaciers fraîchement remplumés habillent l’horizon d’une belle couverture albâtre. Nous pédalons dans le frais clair du matin, ce frisson automnal qui court sur l’échine, nous respirons le bleu du ciel à pleins poumons. Les tours de garde agrippées aux mansardes des maisons parsèment les villages d’antan. Arrivés à Mestia sous un grand soleil, nous filons aussi sec enfiler nos sacs à dos vers les lacs Koruldi, laissant nos vélos sous le chaperonnage d’une gentille famille du vieux village. Montée échaudée à flanc de forêt jusqu’au plateau d’alpage, et nous nous retrouvons encerclés par les massifs enneigés. La nuit est froide mais les silhouettes des glaciers qui se découpent dans le ciel étoilé sont grandioses. Nous traversons torrents et ruisseaux qui dégringolent des glaciers jusqu’au Guli Pass, au pied du Ushba, avant de retrouver nos fidèles M&M et se glisser dans leur auberge avec sa logeuse folle. Mont Ushba

Tours de garde accrochées aux maisons, symboles de la Svanétie

Mestia, retour aux sacs à dos !

Une sacrée bavante pour grimper sur la crête enforestée, mais qui vaut le coup !

Plateau pastoral sous les glaciers

Lacs Koruldi

Voyage de lune sur les glaciers

Dormir à la belle étoile

Bon ben voilà quoi, toujours les mêmes glaciers et les mêmes étoiles, mais c’est beau quand même !

Guli Pass

Retrouvailles avec M&M

A pédaler le long des eaux cristallines, à sillonner dans les forêts qui se parent de leur nouveau manteau saisonnier, nous poursuivons notre route vers Ushguli, toujours dans les couleurs de l’automne. Nous savourons le déjeuner à califourchon sur un pont de pierre, les pieds effleurant le torrent. Un maman truie et ses porcelets prennent notre suite pour le repas. Être là, juste là dans la lumière mordorée jouant dans les feuilles en pleine métamorphose, est un précieux cadeau que nous offre l’automne. Ushguli est un village au charme rude et décrépi, avec une immense paroi glaciaire que les yeux ne peuvent éviter. Mais surtout c’est le lieu de l’intrigue du film Dédé, film d’amour géorgien dont les villageois sont immensément fiers.

Nous devons passer le col Zagaro à 2900 m, pour basculer dans la vallée, alors que la pluie s’attelle à détremper le chemin de terre depuis la nuit. Une horde de chiens, qui a du sentir tourner le temps, s’installe à notre bivouac. Une petite chienne noire aux pattes blanches pousse même l’audace jusqu’à s’installer à l’intérieur de l’abside dormir tout contre le duvet de Soso. Réciprocités de bouillottes. Cette même horde nous accompagne jusqu’en haut du col, semant la terreur parmi les troupeaux de vaches et de chevaux, et nous arrivons tous ensemble ruisselants au passage, au pied des glaciers. Nous devinons un paysage exceptionnel, mais pour l’heure noyé dans la brume, qui nous laisse alors tout le loisir de l’imaginer. Nous usons dans la descente mouillée nos patins de freins jusqu’au métal, qui crissent à l’agonie sur la jante. Atelier vélobricolage improvisé sous la pluie, réfugiés dans une étable, nous changeons nos huit patins en pestant contre les écrous perdus dans la bouse.

Arrivée à Ushguli, décor du film Dédé

Un mur glaciaire vertigineux

Cliché avant la pluie nocturne

Montée sous la pluie vers le col Zagaro…

… Mais les couleurs du paysage adoucissent l’effort de patiner sur la piste boueuse !

Arrivée en horde au col Zagaro

Dernière ligne droite jusqu’à la côte de la Mer Noire, nous faisons la course avec la pluie, et perdons à chaque coup, évidemment. Pour nous réconforter, nous nous offrons un dodo en mode film d’horreur, sous un lampadaire blafard dans une maison abandonnée à côté du centre psychiatrique national, bien en activité quant à lui. Le déluge dure jusqu’à notre arrivée à Batumi, dernière ville de la Géorgie au bord de la mer. On dégouline dessus et dessous nos capes de pluie, la mer et la terre forment un continuum d’eau déchaînée, tempête grise et vagues déferlantes. Mais tout est bien qui finit bien avec des petits colosses aux croix gammés tatouées sur les avant-bras*, une dernière soirée au Shumeruli avec nos M&M préférés réchauffent nos os trempés et nos coeurs essorés à coups de chacha pour trinquer à la Géorgie.

*Un rituel gentillet d’appartenance pour les gars qui font de la prison, nous explique-t-on dans le langage de l’ivresse.

Quitter la Géorgie dans la ville balnéaire Batumi, où immeubles grandiloquents côtoient l’ancien bâti populaire

Épisode 14 – Rentrée Philo

Tbilisi – du 12 au 16 septembre 2022

« La nature est toujours vivante mais elle nous alarme car elle est en train de disparaître. L’histoire nous raconte que si on ne fait pas attention, notre monde sera comme celui de l’histoire, un monde sans nature et sans forêt. » – Gisele, CM2

Ateliers philo dans le parc Vake

Pour nous sur nos vélos en Géorgie, c’est aussi la rentrée ! Mais une rentrée des idées et surtout des questions, une rentrée philo ! Nous nous lançons dans 18 ateliers avec 6 classes de CM1, CM2 et 6e de l’Ecole Française du Caucase à Tbilisi, capitale de la Géorgie.

Nous emmenons la philo au grand air, afin de prolonger l’été indien dans le parc Vake, juste à côté de l’école. Cueillette d’idées et de questions parmi les glands sous le grand chêne, land-art et sculpture vivante pour matérialiser une réflexion collective… dehors, les enfants donnent des corps aux concepts, donnent des mots au tangible qui les entourent. A travers leurs kaléidoscope philo, ils redécouvrent le monde autour d’eux sous un autre éclairage. Alors que vrombissent et nous encerclent les tondeuses à gazon, Victor, CM1, commente « le parc c’est déjà une forêt volée  aux animaux ».

Assis en cercle, dans l’herbe encore gorgée de rosée, les enfants plongent leurs raisonnements et leurs imaginaires dans la lecture d’histoires de forêts enfermées « Zone à Défendre ». Munis de leur lettre de mission adressée par la précédente école en Iran, et de leur carnet de détective philo, les classes relèvent joyeusement le défi qui leur est proposé : répondre à la question « la nature est-elle invincible ? » ou « peut-on voler la nature ? ».

La rentrée philo, c’est aussi – dans le tintamarre d’une nouvelle année qui démarre frénétiquement sur les chapeaux de roue – prendre le temps d’une respiration pour mieux penser. Ici, nous observons collectivement les sons qui nous entourent, remarquons les différences d’un atelier à l’autre, d’un lieu à l’autre, ou d’un moment de la journée à l’autre. Prendre le temps de la pensée, c’est également se donner un espace, à chacun, pour construire son idée, lors d’une minute de réflexion dans le débat, ou de digérer les échanges sur son carnet de bord philo. Le temps de douter aussi, et de changer d’avis, comme nous dit Jacob, CM1 « j’ai écrit une idée, mais maintenant j’ai des doutes » puis « j’ai bien réflectionné et maintenant je pense que les bulldozers et les machines de guerre volent la nature pour mettre des immeubles à la place ». Et il en faut du temps car, fraîchement revenus des vacances d’été, la simple distribution de feuilles devient une activité d’organisation collective à part entière !!

Les ateliers philo au grand air sont une façon de « s’enforester », tisser les liens qui nous relient au vivant, décaler le regard, adopter d’autres points de vue, d’autres perspectives, comme nous le dit Sophia, 6ème, « les animaux doivent nous voir comme des monstres qui détruisent leurs habitats et vivent leurs vies brutalement ». L’occasion pour ces philosophes en herbe d’affiner leur sensibilité, d’ajuster leurs égards pour tous nos cohabitants de la planète.

«S’enforester, c’est une double capture restituée par le pronominal : on va autant dans la forêt qu’elle n’emménage en nous » Baptiste Morizot – Les Diplomates

Lecture d’histoire comme support inducteur

Recherche de questions philo à partir des cartes du jeu Dixit

Exemple de carnet de bord philo

Sculpture vivante comme trace du débat « peut-on voler la nature ? »

Recherche de glands et d’idées sous les houppiers des chênes

Travail individuel sur le carnet de bord philo à l’aide de mots et de végétaux !

Géorgie, délaisser nos pédales pour les grolles de montagne

Du 19 août au 18 septembre 2022

Entre le Petit et le Grand Caucase, nous nous enfonçons dans les vallées géorgiennes qui s’étendent en étoile autour de la capitale Tbilisi, délaissant nos biclous au pied des montagnes pour dégourdir nos jambes sur les sommets à l’assaut de la frontière russe. Lac des roches noires, Parc Lagodekhi avec M&M

Nous arrivons en Géorgie par le Petit Caucase, au sud-ouest de la capitale, pour nous retrouver sur un plateau digne des steppes asiatiques : une enfilade de lacs balayés par le vent, des collines ocres pelées encerclées de montagnes, une herbe sèche, sans l’ombre d’un arbre, sous la chaleur du mois d’août.

Notre passage à Ninotsminda nous permet de régler rapidement la logistique d’entrée dans ce nouveau pays (trouver une carte SIM, retirer les laris géorgiens, etc.). Ciel noir et nuages mauves zébrés d’éclairs pour notre première nuit géorgienne, nous jouons aux matriochkas en cachant notre tente dans une grande tente orange abandonnée en bout de chemin. Nous prenons ensuite la route vers la vallée de Vardzia, et effleurons la frontière turque, à rebours de la ribambelle de camions cosmopolite qui s’agglutinent bout à bout sur la route le long des sapins, attendant pour passer la douane. C’est l’occasion de s’arrêter papoter « frontières » avec les chauffeurs turcs et azéris. Le vent nous envole au-dessus du plateau d’Apnia, des champs, du foin et des fourches à perte de vue.

Matriochkas de tentes à Ninotsminda

Le plateau de foin d’Apnia

Jusqu’à ce que se découvre la vallée creusée de Varzia et sa vie troglodyte. Monastères, églises, couvents fleuris et maisonnettes, ermites et badauds, se sont réfugiés dans ses plis secrets de falaises pour échapper aux invasions de toutes parts, perses, turques, mongoles, huns. Nous dormons trois nuits bercés par la rivière paisible de Kura. C’est l’occasion de grimper par une échelle presque spéléologique dans l’église troglodyte de John le Baptiste, 10 mètres sous plafond creusés au cœur de la roche. L’ermite éminemment éméché s’y adonne depuis 7 ans, un chat noir pour toute compagnie, en plus de sa tablette ultra-connectée, son perforateur, et ses fariboles de peinture. Nous crapahutons aussi sur la forteresse en arrête de Tmogvi, un pas périlleux dans le vide est de mise pour mériter la visite. Nous déjeunons les pieds dans la rivière, la douceur simple & joyeuse d’une vallée perdue. Nous plongeons dans une grande discussion de bord de route, un peu en russe, surtout en anglais, avec Nino et son florilège de petits. Nous découvrons l’orthodoxie de cette jeune famille de Tbilisi, et la prison maternelle des femmes plus jeunes que nous… et nous initions aux premiers d’une longue série de khachapuris (prononcez RRRatchapourrris), petits pains fourrés au fromage (oui oui, vous avez bien lu ‘NOUS’).

En fond le site troglodyte de Varzia, depuis la route qui serpente pour descendre dans le canyon

Couvent fleuri de la vallée de Varzia

Forteresse de Tmogvi, surplombant la vallée depuis son arrête ciselée

Famille de Nino, découverte de la culture orthodoxe et des khachapuris

Nous escaladons de nouveau le plateau jusqu’au village en bout de piste d’Abuli, au pied du volcan Didi Abuli. Nous faisons la connaissance des villageois, une dame russe qui habite ici, le directeur de l’école Martin qui nous ouvre les portes du petit et vétuste établissement pour nous abriter du vent oriental glacial, Mela & Venera, famille de bergers, la grand-mère Babouchka gardienne des clés de tout le village… et surtout la flopée d’enfants qui se ruent sur nos vélos pour les essayer. Une fin d’après-midi à courir à côté des biclous dans la cour de récréation. Didi Abuli, 3300 m, sommet rocailleux qui abime les pieds, après une sieste au soleil nous entamons la descente en nous chargeant de déchets. Nous finissons notre court séjour parmi les chaleureux habitants d’Abuli par un goûter-café dans la cuisine de Mela, 32 ans et 3 enfants de 12, 10 et 6 ans.

Equipe de cyclistes en herbe dans la cour de l’école du village d’Abuli

Sommet du volcan Didi Abuli

La région des lacs sur la route de Tbilisi forme comme un collier de perles autour du cou de Didi Abuli. Ce collier nous guide jusqu’à la forteresse de Bvirtsi, remparts de roche et de falaises, mélange troublant de naturel et d’artificiel, à ne plus savoir qui de l’humain ou de l’eau a creusé les fortifications. Nous retraversons la forêt du crépuscule au pas de course pour retrouver notre tente. Soso va toquer à la porte de la seule maison des alentours, à moitié rassurée par ce monsieur en slip au milieu des travaux qui ouvre la porte, mais tous les ruisseaux sont à sec, et il faut bien récupérer de l’eau.

Lac Paravani, le froid mordant du plateau perché à 2000 m n’apparaît pas sur la photo

Forteresse de Bvirtsi

Tbilisi dans un souffle, c’est la course effrénée pour la logistique, pièces de vélo à trouver, colis à récupérer, s’équiper un peu en matériel de montagne… dans la plaine, la chaleur est torride, nous réalisons seulement le confort apporté par le plateau des jours précédents, perché à quelques 2000 m d’altitude. Soudain, notre quartier à Tbilisi est coupé d’eau pendant 48h, notre hébergement n’a aucune réserve, c’est la peur panique de ce coin délabré, une sensation d’effondrement dans cette ville aux infrastructures si fragiles. Heureusement, nous retrouvons Mathieu & Mathilde pour échafauder nos élucubrations pédestres. La terrasse-jardin aux étoiles tamisées par un grand châtaigner, le chat qui chipe notre ragoût aux haricots rouges, et les rires des copains, nous allègent de nos tourments collapsologistes.

Arrivée dans la chaleur torride de Tbilisi

Sur la route de Lagodekhi, où Mathieu & Mathilde (M&M) nous attendent, la sécheresse nous tenaille, les lits des rivières sont désespérément vides, et nous nous lançons sur une rando de 3 jours où les sources sont asséchées par un été sans pluie. Nous partons malgré tout, motivés par la perspective d’atteindre le lac des roches noires, une émeraude d’eau à la frontière entre Géorgie et Daghestan russe. Nous gravissons des chemins poussiéreux grimpant raide dans la forêt, un sac trop grand, un sac qui meurtrit le dos, des bâtons-nains, et surtout un chargement beaucoup trop lourd pour nos épaules chétives. Entre les chevaux et les guides géorgiens saouls, la nuit au refuge est mouvementée. Nous filons sur la crête jusqu’au repaire des militaires géorgiens, auprès de qui nous nous délestons de nos 5 pages de paperasse contre un laissez-passer officiel et tamponné. Nous découvrons à notre arrivée au lac que les militaires et chevaux patrouillent le long de l’eau en jouant aux cartes, ils semblent attendre une attaque imminente du front russe. Nous barbotons tout l’après-midi entre les pierres noires et patientons plein de malice jusqu’au départ des troupes pour planter notre tente dans le secret de la nuit. A 2900 m d’altitude, le froid  déjoue pourtant notre supercherie et nous nous serrons à 3 dans la tente 2 places pour nous tenir chaud, seul Mathieu – vaillant et sacrifié – tente la nuit à la belle étoile emmitouflé dans la bâche et l’empilement de nos vêtements. Le matin, les rayons du soleil viennent lécher les rives du lac et donner raison malgré tout à notre choix de bivouac. Les militaires géorgiens ne sont cependant pas sensibles à cette démonstration esthétique et viennent troubler le petit-déjeuner contemplatif par leurs houspillements.

Un peu interloqués par ce zèle militariste, nous comprendrons ensuite que l’attaque de 2008 est encore vive : seulement 9 jours de combats et depuis, 20% du territoire est occupé d’après les témoignages. Les tags « Fuck Russia » parsèment la route, les magasins de montagne affichent « no peace no climb », refusant de louer le matériel aux clients russes. Pourtant Staline était géorgien de Gori, comme de nombreux cadres du Parti Soviétique, et les liens politiques restent forts entre les deux oligarchies. Les russes continuent d’ailleurs d’affluer pour fuir la guerre, 200 000 sont déjà réfugiés à Tbilisi, d’après Pliocha, notre coloc’ moscovite lors de notre semaine d’ateliers philo à Tbilisi. A l’annonce de la guerre en Ukraine, les habitants ici ont d’ailleurs pris peur – « Tbilisi peut être prise en une heure » nous disent-ils – et certains ont commencé à s’armer et prendre des leçons de tirs dans la perspective de devoir se défendre. Pourtant, du haut de notre frontière de montagne, le danger nous semble pour l’heure très loin et nous laisse perplexe. Impossible de toute façon de monter de l’artillerie côté géorgien par l’unique sentier escarpé, il n’y a plus qu’à faire face à renforts de chevaux et de remparts de jeux de cartes…

Camp militaire géorgien à flanc de montagnes, il faut passer ce « poste de contrôle » pour continuer l’excursion

Lac des roches noires, la frontière Géorgie – Russie le traverse.

Réveil au lac, le soleil vient nous réchauffer d’une nuit glaciale.

De retour dans la vallée, nous enfourchons nos vélos et filons à toute allure à travers les vignes juteuses de la Kakhétie. Nous nous délectons des parasols gourmands formés par les grappes de raisin, et passons trop vite les vignobles en pleine vendange sans prendre le temps de déguster le vin d’amphore. Nous arrivons sur la route militaire et délaissons de nouveau nos montures au monastère d’Ananuri pour goûter à la saveur locale des marshutkas, petits bus sillonnant le pays, direction Stepansminda. Ici, la brume s’accroche  aux sommets effilés et nous flottons un peu déboussolés dans cette mer de nuages, les odeurs suaves et poisseuses de Kazbegui Good Food, boui-boui dans son jus, comme seul réconfort. Puis, le ciel finit par se dévoiler et découvre le Kazbeg, 5000 m, majestueux dans son écrin blanc. Nous saisissons le créneau météo pour passer deux jours à côtoyer la beauté, la rigueur et le froid de la roche dans la vallée de Juta, une baignade brûlante de froid à la clé dans le ruisseau au bord de notre bivouac, entre les bouts de carlingue explosée d’un accident d’avion. Une dernière ballade pour saisir le glacier du Kazbeg dans toute sa grandeur, ou peut-être plutôt son rétrécissement, et nous débaroulons jusqu’à la capitale pour une semaine d’ateliers philo.

La pente et raide pour parvenir au monastère d’Ananuri !

Vallée de Juta en compagnie de M&M

Le col pris dans le vent et les nuages

Le soleil revient et les sacs à dos sont presque vides, quel plaisir !  Le Mont Kazbeg

Glacier rétréci

Église Gergueti Trinity

Arménie, pays-montagne

Du 18 juillet au 19 août 2022

Une terre peuplée de volcans et de sources, de chevaux et de bergers yézidis, nous nous laissons aller au grand air arménien.

Entre monastères orthodoxes et plis de falaises

Après deux mois et demi passés en Iran, nous arrivons en Arménie à tâtons, en pleine nuit après une journée intense pour passer absolument la frontière, déboussolés dans nos repères perses : Solenn se débarrasse de son voile avec joie, mais est vite rattrapée par la vigilance habituelle et peine à enlever son casque en présence d’étrangers, nous nous précipitons sur l’eau à la découverte de la moindre source, nous disons « bale » (oui) et « salam » à tous vents. Pourtant, cette première nuit nous offre déjà la saveur de l’Arménie : nous trouvons un lieu de bivouac malgré l’obscurité aux abords d’une rivière – comprendre douche dans le langage du voyage -, une petite fontaine d’eau potable… qui se trouvent être toutes deux sur le terrain privé d’Artur et allègrement trempassé par nos soins. Habitant du village proche Meghri, ce mécanicien arménien nous accueille à bras ouverts et surtout à grands renforts de bière et de vodka. Nous passons la soirée à baragouiner nos premières tentatives de russe, avec Artur et son ami chauffeur de taxi de Moscou. Ce dernier est en vacances, mais nous apprenons que de nombreux de ses compatriotes russes – notamment les travailleurs du secteur informatique – ont fui la folie martiale de leur pays suite à la guerre en Ukraine. Une première soirée à l’image de l’Arménie donc : accueil discret mais chaleureux, eau en abondance, communautés russes et arméniennes indémêlables, le tout arrosé de nos mots russes balbutiants et surtout de grandes rasées d’alcool fort.

Enfin de l’eau, premier arrêt aux cascades de Lichk Et des bivouacs paisibles, loin des axes de circulation Un mois au grand-air ! 

Et autant de nuits sous les étoiles

Ce mois en Arménie, nous le passerons presque intégralement au grand-air, les lieux de bivouac parsemant notre itinéraire sans effort à faire pour les déceler. Après la promiscuité vécue en Iran, et le peu d’intimité que nous laissaient les Iranien.nes heureux de faire la connaissance d’étrangers, nous savourons notre soudaine liberté, avec malgré tout la sensation parfois de rencontrer plus difficilement les Arménien.nes. Il faut dire que nous avons été maintenus dans un tel état de passivité par l’accueil extraverti en Iran, que nous mettons du temps à nos réhabituer à être plus actifs dans la rencontre. Nous prenons pour l’heure la route vers les cascades de Lichk. Nous lézardons, nous baignons sans répit et ne reprenons la route que poussés par le vide néant de notre sac de nourriture. Nous faisons le plein de tranquillité, isolés à notre bivouac, et surtout de cette eau soudainement abondante.

L’omniprésence de déchets en bordure de route ou dans les coins de pique-nique gâche souvent le paysage

Des côtes à faire chauffer les guiboles Mais récompensées par des pauses au milieu des libellules Et de grandioses paysages.

Même sur la route, une kyrielle de petites fontaines borde la chaussée, désaltérant nos corps assoiffés par la rudesse des côtes. Car l’Arménie est un pays-montagne, ondulant en permanence sous les montées et descentes, enflammant nos guiboles, nous propulsant tous les jours à 2000 m de dénivelés cumulés. Nous vivons entre 2000 et 3000 m d’altitude, entre vallées brûlantes et cratères de volcans ventés, sillonnant le long du Caucasus Trail, un chemin gravel traversant la Géorgie et l’Arménie. Nous délaissons le goudron des routes pour l’aventure des sentiers et pistes caillouteuses, au fond de la vallée d’Antarashat, sur les balcons des pâturages, dans les jeux de lumière de Jermurk et les vergers de Herherr.

On quitte le bitume pour explorer les pistes et chemins perdus

Nous nous perdons sur un plateau à 3000 m peuplé de volcans, entre le lac Sevan et Yerevan, gravissons le mont Azdahak à 3597 m pour se baigner dans le lac de son cratère. Nous malmenons nos biclous sur les cahots des chemins entre terre et herbe. Nous nous enfonçons dans les herbes hautes jusqu’à disparaître. Les journées prennent fin dans un pâturage de brume et de moutons, nous troquons un instant cheval contre vélo. Nous reprenons la route dans des pentes infernales, slalomons entre les cailloux, poussons un peu les vélos, nous nous hissons à la rencontre des géants de lave. Ils habitent en seigneurs le plateau, ils habillent le paysage de bosses vertes et dodues, cratères noirs, éclats de roche rouille par endroit. Les nuages font la course avec les chevaux yézidis, leurs ombres couvrent soudainement les volcans d’un voile sombre, faisant danser les herbes folles. Un paysage d’infini, vide de repères.

Les herbes folles du plateau des volcans  Nous délaissons régulièrement les vélos pour se promener à pied Pédaler sur des chemins plus ou moins tracés Cratère du volcan Azdahak

Notre troupe de joyeux lurons francophones, avec qui nous jouerons au chat et à la souris sur tout le plateau des volcans : Nolan, Nathan, Myriem, Catherine, Max et Eric

Sous le Pont du Diable aux eaux chaudes, nous retrouvons des bouts de civilisation à l’Ermitage de Tatev, son église au toit d’herbe poilu et son potager foisonnant entretenu par l’unique moine entre deux prières. Puis de nouveau à Goris et sa cité troglodyte. Et surtout, même quand on se croit aux confins de la terre, il y a toujours un berger yézédi qui ralentit son fougueux galop pour converser dans un anglais parfait, nous inviter pour un café et des tartines de miel fleuri, ou remplir nos sacoches d’un fromage trop salé.

Ermitage de Tatev

Habitants troglodytes à Goris, une ville à la frontière du Haut-Karabagh. De nombreux arméniens sont venus se réfugier dans cette ville suite à la guerre avec l’Azerbaidjan en 2020.

Pierre du monastère de Gndevank  

Une des multiples églises du monastère de Geghart

Troquer un instant vélo contre cheval

Campement yézidi caché au creux des volcans

Le coeur au bord des lèvres, nous tricotons le temps au bord du lac Sevan, entre buissons et plages de sable noir. Nous nous immergeons à grandes goulées dans une caravanes de vans et de camping-cars francophones, les yaka-yallers, les turtlle trotters, les belge-nomades, JB, Eric & Catherine, et les cyclistes suisses Emilie et Ulysse… Avec les enfants, nous explorons la rive en kayak, nous plongeons dans de grands cris, nous regardons du coin de l’oeil les devoirs de classes. Nous dévorons des frites cuites au feu de bois sous l’orage, nous emplissons nos poumons de cette chaleur humaine.

  Lac Sevan, sur la rive orientale

Tous les soirs, le lac est pris sous les orages

Après un séjour logistique à Yerevan dans la passionnante famille de Bruno et sa fille Maguelone, nous montons en vélo jusque 3200 m d’altitude dans la fournaise, vers le Mont Aragats. Nous grimpons ce volcan perché à 4090 m au-dessus des champs, entre pierriers et aquarelles jaunes, rouges et vertes. Nous crapahutons avec deux uluberlus bretons aux encéphales développées, et nous rassurons de ces têtes bien faites qui orientent aussi leurs futures carrières professionnelles vers les urgences écologiques et climatiques. Nous flânons au bord du lac au pied du volcan, engourdis de fatigue, savourons chacun de ses scintillements de beauté. Mais les nourritures terrestres s’amenuisent et il nous faut redescendre de notre Olympe. Le temps d’un nouveau café, nous ouvrons grand nos yeux sur un bout de vie de bergers yézidis kurdes, nous discutons joyeusement en russe avec l’épouse, intrépide. Puis nous profitons de la grande descente pour chanter à tue-tête des mélodies qui se perdent dans le vent. Nous plongeons de nouveau dans une marée sèche et jaune, l’air est brûlant, les champs sont moissonnés.

Lever de lune sur le lac et le mont Aragats

Aragats est un volcan, avec un sommet sur chaque orientation. En face à droite, le sommet nord où nous nous dirigeons, à 4090 m d’altitude.

Deuxième petit-déjeuner dans une tente yézidi Retour dans la vallée brûlante, pourtant perchée à 2000 m d’altitude.

Un bivouac entre les tournesols avec la famille 4 sur les chemins de Traverse – Sasha et Oscar gambadent à leur gré, avec eux, les sacoches deviennent des bateaux et un monde imaginaire émerge de leurs pinceaux et crayons – qui s’achève dans l’accueil encore merveilleux par les femmes de la famille de Tamara, égrainé de conversations en russe et de notes de piano mal accordé. Un clair de lune au monastère moyenâgeux de Marmaschen, un dernier bain au lac Arpi entre herbes hautes et eau boueuse, Pierre fabrique ses précieuses sa’scotches. La piste nous ballotte dans tous les sens jusqu’à la Géorgie.

Bivouac niché dans un champ de tournesols, avec la famille des 4 sur les chemins de Traverse La famille de Tamara, Virginie, Stéphane, Oscar et Sasha Monastère Marmashen

Les champs autour du lac Arpi accompagnent notre chemin jusqu’aux bords de la Géorgie

Mon voile

Article écrit par Soso – Iran

Pas très pratique sur le vélo, la tenue « hijab » ne consiste pas seulement à porter un voile. L’objectif est d’avoir tout le corps couvert, sauf l’ovale du visage, les mains et les pieds. Pantalon long et ample, tunique ample couvrant aussi les fesses, et dispositif de tissu sur la tête… je n’ai pas toujours (ou presque jamais ?) été très rigoureuse sur tous ces aspects : manches relevées jusqu’aux coudes, ourlets de pantalon sur les chevilles pour ne pas que le tissu se prenne dans la chaîne, cheveux qui dépassent du voile… Le hijab ne semble pas être une science exacte pour les Iraniennes non plus ! 

Bleu mer de tempête et d’algues, la couleur préférée de ma copine Marie. Il est dans mon passage, il me gêne pour lacer mes chaussures. Mon voile me rend invisible, ce qui peut être pratique ou agaçant, confortable ou frustrant. Il ferme mon champ de vision, il rétrécie mon monde.
Il attrape le vent, il m’écrase la tête, et devient un char à voile quand les bourrasques poussent dans le dos. Il me protège de la poussière. Il s’amuse lors des ballades, se transforme en cerf-volant.
Il me taquine, il me surprend, il met met en colère, j’oublie même qu’il est là parfois, ce compagnon de voyage. Mais, comme tout compagnon de voyage digne de ce nom, j’aurais aimé pouvoir choisir si j’en ai envie moi de faire un bout de route avec lui.
La coïncidence veut qu’au moment où nous parcourons les routes de l’Iran, tenue hijab obligatoire, à la maison à Grenoble, le débat fait rage pour autoriser les burkinis, tenues couvrantes et monokinis dans les piscines municipales. Cela résonne, même histoire, même rengaine, un écho d’ici en miroir inversé. Cette même volonté totalisante de contrôle sur les corps de nos soeurs.
Quelle drôle d’idée de croire qu’avec ou sans bout de tissu sur la tête, on empêcherait nos cheveux de danser avec le vent, nos pensées de grimper vers les étoiles, à nous la moitié voire plus de l’humanité ?

Hijab au petit matin, à vrai dire, je ne l’ai pas enlevé pour dormir ! Ayant dormi en présence de la famille nous ayant accueilli dans leur restaurant pour la nuit, il semblait de mise de rester hijabée.

Sur la route de Paveh, une rare cycliste iranienne me conseille de remplacer le voile classique par un buff sous le casque. Beaucoup plus pratique pour pédaler, et avoir moins chaud !

Les Routes de l’Industrie

Isfahan à Shiraz, Iran – 4 au 11 juin 2022

Pierre attend toujours qu’il n’y ait pas de voitures ou camions pour prendre les photos… on peut parfois attendre longtemps !

Toute l’industrie iranienne se déverse à grands fracas sur les routes en flots de semi-remorques vrombissants, de camionnettes aux chargements aussi vertigineux qu’improbables, telle une tour de Babel, aux rugissements des moteurs qui nous frôlent, d’interminables concerts de klaxons, de fumées noirâtres et chaudes, dont les pots d’échappement nous embaument.
Plus que l’âpreté de la côte, cette usine sonore et olfactive nous dévore, avale tout cru nos forces et nos ardeurs. Minuscules face à ce colosse de er et de vitesse, nous nous recroquevillons dans le bas-côté, serpentons entre gravillons et asphalte pour prétendre, nous aussi à un bout de la piste, deux microbes dans le vaisseau sanguin des machines industrielles.
La route n’est pas seulement le vassal de l’Industrie, elle en est aussi sa plus grande enseigne publicitaire, indiquant de panneaux touristiques, ici une usine de pétrochimie, là une une centrale nucléaire, ou « regardez les enfants » un élevage intensif, fleuron de l’agro-alimentaire. Nos compagnons de route quotidiens

Les routes d’Iran, c’est aussi brûler sous le soleil. Nous ratons notre décollage de la ville d’Isfahan avec une bicyclette – celle de Pierre – renversée en pleine voie rapide. La chute inaugure ce qui deviendra une belle série de 5 accidents, nous permettant de rencontrer au plus près les automobilistes iraniens, et leurs pare-chocs. Pour le moment, la roue avant de Pierre est toute tordue mais robuste, aucun rayon n’est cassé. La rue entière s’agglutine pour un dévoilée de fortune au crépuscule. Nous jetons un coup d’oeil dans le bric & broc de l’atelier vélo plein de cambouis, nous dénichons un peu de dévoilage de compétition. Puis nous n’avons plus rien d’autre à faire qu’à regarder, en grignotant nos glaces qui disent « pardon », offertes par Davoud qui était au volant.
La suite de la route est écrasant de chaleur, on brûle dès les premiers coups de pédales, le vent chaud n’est que d’un bien maigre réconfort, la plus petite côte gorge nos chemises de sel.

Les routes sinuent entre désert et montagnes

Hallucination ou miracle d’anniversaire – celui de Solenn – nous dégotons un torrent à gros bouillons pour le bivouac du 8 juin, petit coin verdoyant au creux d’un verger. Une baignade rêvée, cadeau de l’obscurité nocturne, un mulon sucré, des tomates fraîches, s’invitent à la fête.

Rivière d’anniversaire, à la bordure du Parc National Dena

Et puis, le lendemain, nous nous immisçons dans une vraie fête d’anniversaire – celui de Reza, 18 ans – pour souffler les bougies intemporelles, dans la famille de Shadi. On les rallume plusieurs fois pour que tous les petits, enthousiasmés par la danse des flammes, puissent aussi jouer de leurs poumons. Une soirée avec cette famille de Yasuj, de falafels, de regards curieux, de danses timides dans un jardin au bord de la rivière, c’est aussi cela les routes d’Iran. Partout, les voitures nous arrêtent, pour discuter, nous interroger sur notre voyage, nous proposer mille délices, nous rapatrier chez eux. Ici, un restaurant de routiers qui nous laissent dormir sur ses tables à l’abri de la pluie, là une famille qui vient à notre rescousse de la nuit pour nous guider jusqu’à leur maison. Des routes rudes, d’embûches et d’accidents, mais aussi de sourires, d’invitations, d’échanges baragouinés en farsi-anglais-googletrad… et de selfies bien sûr !

Restaurant de routiers qui nous a accueilli pour la nuit, et Atabak 8 ans qui s’est occupé de nous toute la soirée ! Famille de Mahruz & Heida, qui nous ont rapatrié chez eux ayant peur que nous passions la nuit le long d’une route trop fréquentée  

Isfahan, tapis & tissages d’histoires

Du 30 mai au 5 juin 2022 – Isfahan, Iran

Porte de traverse de la Mosquée Atigh-Jame  

Notre premier arrêt touristique dans la grande ville d’Isfahan nous donne l’occasion de flâner entre mosquées édifiantes, quartier arménien et le long de la rivière Zayandeh Rood. Asséchée la majeure partie de l’année pour irriguer d’autres localités désertiques, cette dernière est en  fête en cette fin de mai. Elle est soudain peuplée de flots vivaces et de mômes jouant à cœur-joie dans les méandres du cour d’eau, s’agrippant à grands cris au vieux pont de briques. Un grand spectacle d’éclaboussures, les rayons du soleil se réfractent dans les minuscules gouttes d’eau. Alanguis sur la rive, nous nous réjouissons des frasques de ces frimousses malicieuses, libérées des carcans insensés que projettent déjà sur eux les ombres des adultes.

Vieux Pont au-dessus de la rivière Zayandeh Rood

Au gré de nos promenades dans le grand bazar, nous ouvrons le grand livre de contes que dessinent les fils colorés des tapis iraniens. En buvant le thé avec un marchand de tapis baragouinant le français à merveille, nous découvrons les trésors de sa caverne.

Mannequins d’ombres dans le Bazar d’Isfahan

D’abord les tapis nomades, noués suivant le fil de l’imagination, jouant avec malice l’asymétrie, les motifs surprises, l’imperfection. Ils sont faits de laine de moutons ou de cous d’agneaux, parfois avec des bords en poils de chameaux ou de chèvres pour faire fuir les scorpions, araignées et autres bestioles. Chaque nœud, noué avec patience pendant des mois, un tapis de 1m x 1,5m prenant environ 7 mois, raconte une histoire aux mille symboles. Des contes de jardin persans, peuplés de pommiers, de liens d’amour, de tentes nomades, de serpent pour la santé, d’étoiles pour la lumière, d’animaux pour la prospérité… ou alors de mines précieuses et de joyaux turquoise. On se laisse bercer, le thé sucré sur les lèvres, par ce troubadour marchand.
Ensuite des tapis-ville, pur soie de Qom ou mélange soie et laine d’Isfahan. Les motifs y sont parfaitement symétriques, aux nouages réguliers. C’est le tapis de l’aire industrielle, le tapis de l’usine, réalisé méticuleusement par une des 30 ouvrières de production. Le tapis de soie est doux comme un pelage.
Le tapis-machine enfin, aux dessins qui se flûtent à l’arrière de l’œuvre, histoire évanescente, moins souple. Le kilim est plus fin, plus simple, tissé et brodé. Le tapis noué, souple et moelleux, fait penser à un gros chat ronronnant. Des prix faramineux dans ce magasin « Flying carpets », les prix s’envolent entre fariboles et balivernes.

Fugace aperçu de tapis-ville, qui recouvrent la moindre surface des mosquées et des maisons

Isfahan regorge de marchants de tapis de tous motifs et toutes couleurs, de marchands de breloques, de bibelots et autres inanités sonores, des marchands de sable. Serait-on en train de faire nos premiers vrais pas sur la route de la Soie et ses caravanes marchandes ?

Minarets de la Mosquée Atigh-Jame

Mosquée Sheikh Loftfollah

Église arménienne à Isfahan

Nous sommes de retour !

Après des mois de silence par peur de représailles des enturbannés du gouvernement iranien, nous revoici avec des nouvelles toutes fraîches de l’Iran ! C’est un peu pêle-mêle, on n’écrit pas forcément dans l’ordre chronologique, mais il y en aura pour tous les goûts et toutes les aventures !